Y Tetaert, V Valton, adaptation de la kinésithérapie à la langue des signes : une accessibilité au handicap, sept 16 | CDOMK59

Y Tetaert, V Valton, adaptation de la kinésithérapie à la langue des signes : une accessibilité au handicap, sept 16

photo-lsfYoann TETAERT, Victor VALTON, vous êtes M-K libéraux et vous avez souhaité vous former à la langue des signes, peut-on vous demander ce qui a motivé votre démarche ? Il y a principalement deux points qui nous ont motivés dans cette démarche. Le premier est que nous connaissons des personnes sourdes au sein de nos proches. Le second, étroitement lié au premier, est notre intérêt pour l’accessibilité des personnes ayant un déficit, quel qu’il soit. Depuis peu, nos cabinets doivent être accessibles aux déficits moteurs. Tout fauteuil roulant, déambulateur ou autres doivent pouvoir y accéder. C’est une très bonne chose. Nous nous retrouvons cependant démunis face aux autres handicaps et tout particulièrement face à ceux qui sont invisibles. La surdité en fait partie. Imaginez vous face à une personne sourde ou malentendante lors de sa première séance, comment faites vous votre bilan? Ou même, comment prend t-il rendez-vous ? Est-ce que la relation kiné-patient entendant que l’on connaît tous pourrait être identique avec un patient sourd? Enormément de questions se posent et nous tentons d’y répondre chaque jour. Il est primordial que notre prise en charge soit identique et de qualité envers chaque patient. Pour cela, converser avec lui est essentiel afin de tout comprendre et d’avoir toutes les cartes en main pour bien soigner. Voici notre priorité.

Y a t-il beaucoup de M-K formés? Ou se former? En quoi consiste la formation? Dans le nord pas de calais et à notre connaissance, nous sommes les seuls à parler la Langue des Signes. Nous venons d’intégrer le réseau Sourd et Santé de la métropole lilloise, qui met en relation les sourds et les professionnels de santé. Le Dr DRION est le médecin coordinateur de ce réseau et parle lui-même la langue des signes. Nous intervenons également dans le seul EPHAD « sourd » du Nord Pas-de-Calais, lié au réseau. Concernant la formation, elle se déroule dans des associations spécialisées pour les sourds, 3 niveaux de 30 heures chacun (sur les 12 possibles) sont largement suffisants pour se débrouiller. Par exemple, Sourdmédia est une association qui les aide au quotidien afin de surmonter le handicap. Comme pour toute nouvelle langue que vous voulez apprendre, vous découvrez les bases des signes, vous apprenez les mots, la fabrication des phrases (qui est différente du français). La différence avec le Français est que tout se fait visuellement. Au début, le mime des situations ou des objets aide énormément. Puis, les signes s’apprennent et les phrases se forment plus facilement. L’expérience et la pratique font ensuite le reste. Les sourds accueillent avec enthousiasme notre démarche, ils nous aident beaucoup à progresser. En parlant d’aide nous voulons également mettre le doigt sur le fait qu’aucune aide n’est disponible pour se former, tout est autofinancé. Sur ce point aussi, il y a du travail.

Quel est le moyen pour les patients sourds ou malentendants d’obtenir les coordonnées des M-K formés à la langue des signes? Pour le moment tout est en développement. Il n’existe pas de réseau uniquement de kinésithérapeutes formés à la LSF comme ce serait le cas pour le réseau bronchiolite par exemple. De plus, les CDO et CRO sont peu informés, voire pas du tout. La population sourde et malentendante est mise de côté et fonctionne « entre soi». Tout le monde se connaît plus ou moins dans les communautés sourdes car l’exclusion ainsi que le manque d’intérêt et de considération par les entendants les ont obligés à se rassembler et à s’entre-aider. Heureusement, grâce aux nouvelles technologies, l’information est plus facile à obtenir (mail, SMS, visiophonie, réseau sociaux…). Grâce à cela, l’exclusion des sourds est de moins en moins vraie et nous essayons d’y contribuer en sensibilisant nos patients entendants au sein du cabinet, ce qui amène des situations assez surprenantes où le patient entendant se retrouve en situation inverse, ne pouvant participer à la conversation… Notre projet au long terme est bien entendu de faire connaître notre projet au niveau régional, puis national afin d’éventuellement mettre en place des réseaux localisés. Les M-K formés seraient ainsi facilement trouvables.